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Publié par Anna Cohen


Selon les estimations européennes, au moins 10% des personnes témoignent avoir déjà souffert à cause des rayonnements, ou "ondes", électromagnétiques artificiels (REM ou REMA) et certaines d'entre elles se considèrent comme électrohypersensibles ou hypersensibles aux champs électromagnétiques (EHS). Les effets biologiques vont de la simple fatigue passagère ou chronique liée à un usage abusif des technologies sans fil (téléphones sans fil, smartphones, ordinateurs ou tablettes tactiles connectés en Wi-Fi) aux cas plus rares où la personne EHS est très handicapée, en errance médicale, dont personne ne sait expliquer les souffrances.


Les EHS ont bien du mal à comprendre ce qui leur arrive et les professionnels de santé sont démunis face à une symptomatologie souvent complexe et multiple. La difficulté pour classifier cette maladie se traduit par sa qualification officielle d'idiopathique (sans causes connues, mais on devrait dire aux causes non reconnues) alors que le syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM) a pourtant été bien décrit dans ses différentes phases. De fait, après avoir subi la dégradation de leur santé et sans obtenir l'accompagnement nécessaire, les EHS peuvent perdre leur emploi, se retrouver en rupture sociale et être contraints de déménager en "zone blanche" (presque pas de REM) ou "grise" (REM de faibles puissances). Ces zones faiblement irradiées sont néanmoins rares, loin de tout, en particulier des bassins d'emploi.

L'électrohypersensibilité est reconnue comme un handicap mais aucune solution n'a été envisagée pour permettre aux EHS d'exercer leurs droits (accessibilité aux lieux publics ou aux transports, santé, travail, vie sociale).

Comme les allergies auxquelles on la compare, ou la chimicosensibilité multiple, l'hypersensibilité aux champs électromagnétique est une polypathologie évidemment environnementale.
C'est en réalité, notre environnement qui est pollué et notre "civilisation" qui est malade.


Le statu quo actuel arrange bien des gens, en particulier ceux des lobbies industriels et commerciaux, mais aussi naturellement, la plupart des consommateurs qui ne veulent surtout pas être limités dans leur soif d'acquérir le dernier né des gadgets numériques. Le principe de précaution est rarement prioritaire. La reconnaissance par l'OMS de la cancérogénicité des REM qui ont été classés dans la catégorie 2B comme «potentiellement cancérigènes» est une position guère courageuse. Rappelons que le plomb, une substance toxique et mutagène appartenait à ce groupe avant d'être reclassé en 2004 en 2A comme «probablement cancérigène».


Depuis Tchernobyl et récemment avec Ebola, les microbes comme les pollutions sont priés de s'arrêter aux frontières des États, et au delà de la barrière de notre peau. Cette vision hyper-individualiste du vivre ensemble détermine une ligne politique inquiétante pour l'avenir d'une humanité dont la population devrait atteindre 10 milliards en 2050. Ce n'est pas faute d'être prévenus : les EHS, comme la multitude des personnes allergiques ou intolérantes, sont des donneurs d'alerte sanitaire, à l'image du canari envoyé autrefois dans les mines pour prévenir des coups de grisou. Les électrosensibles sont malades aujourd'hui pour prévenir tous les autres des risques majeurs encourus du fait de nos usages immodérés et imprudents des technologies irradiantes.

Cette sensibilité aux champs électromagnétiques n'est d'ailleurs pas une exclusivité humaine, puisque de nombreuses espèces animales réagissent aussi. Les espèces migratrices ou les insectes utilisent largement cette capacité pour s'orienter. Les fourmis sont désorientées par les champs électriques, provoquant parfois des court-circuits comme dans l'affaire des fourmis folles de Rasberry aux États-Unis. Les éleveurs ont remarqué que le lait de leurs vaches s'altérait si elles demeuraient proches de lignes à haute tension ou d'une voie ferrée électrifiée.
Les apiculteurs savent que les ruches dépérissent sous les lignes à haute tension, sauf si on les isole dans des cages de Faraday (structure métallique reliée à la terre).

En matière de hautes fréquences, il faut citer les travaux débutés à l'aube du développement de la téléphonie mobile dans les années 1990 de feue Madeleine Bastide immunologiste à la faculté de Montpellier I. Lorsque des embryons de poulets, réputés électrosensibles, sont exposés à un téléphone portable, il y a surmortalité. Dans un exemple, 12% de mortalité pour le lot témoin non exposé et 65% pour le lot exposé. Contestée par Bouygue Télécom, son étude est répliquée à la demande de l'opérateur. Les résultats obtenus sous la direction de Florence Batellier de l'INRA confirment les conclusions précédentes. Il faudra 6 ans pour que, dans la plus grande discrétion, les résultats soient publiés !


Le rouge-gorge a aussi été utilisé pour des tests de vulnérabilité à la pollution électromagnétique par une équipe de chercheurs allemands et anglais de l’université d'Oldenburg (Allemagne) qui a publié ses conclusions dans la revue Nature (mai 2014) : l'exposition à des champs 1000 fois plus faibles que ceux des téléphones portables inhibe leurs facultés d'orientation.

Le Dr Jean-Claude Albaret (2008) s'est intéressé aux relations entre cancers et réseau de distribution d'électricité. Il a remarqué la présence presque systématique à proximité du domicile de personnes atteintes de configurations des fils aériens qu'il a qualifié d'atypiques. Afin de repérer plus rapidement ces anomalies, il s'est appuyé sur l'expertise, ou la désorientation du xylocope, un imposant hyménoptère qui est couramment dénommé "abeille charpentière", mais aussi sur la gourmandise des oiseaux insectivores comme l'hirondelle.


Le Dr. Ulrich Warnke, professeur à l'Université de la Sarre en Allemagne, a déclaré lors d’une conférence organisée par la "Radiation Research Trust at the Royal Society" de Londres : "le maillage dense sans précédent par les champs électromagnétiques artificiels " produit une écrasante "désinformation des systèmes naturels des espèces qui perdent leurs repères". Le dispositif biologique de sensibilité électromagnétique qui sert initialement aux espèces animales pour s'orienter devient source de désorientation. Plus généralement, le Dr Warnke considère les REMA comme mutagènes et estime que l’electrosmog (ou pollution électromagnétique) pourrait être responsable, au moins en partie avec les pesticides, de la disparition massive des abeilles en Europe et aux États-Unis. Or, sans insectes pollinisateurs, nous n'aurons plus à manger à court terme.

Une fois de plus, s'il en était besoin, nous constatons que nous avons intérêt, même très égoïstement, à préserver les espèces et les individus les plus sensibles, donc les plus fragilisés par les diverses pollutions car ils jouent le rôle de sentinelles environnementales. Seuls les États totalitaires suppriment les faibles et les handicapés. Mais rares sont de tels États qui durent, fort heureusement. Pour nous, citoyens, consommateurs, habitants de cette belle terre, c'est dans l'indignation à l'égard de tout ce qui heurte la dignité intrinsèque de tous les êtres vivants, forts ou faibles, que réside certainement notre seule chance d'avenir.

Cet article a été publié initialement en décembre 2014

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