Électrohypersensibles, sentinelles environnementales

Publié le par François de Terreneuve

(Article publié initialement en décembre 2014)
Selon les estimations européennes, au moins 10% des personnes témoignent avoir souffert à cause des rayonnements électromagnétiques artificiels (REM ou REMA) et certaines d'entre elles se considérent, à tort ou à raison, comme électrohypersensibles (EHS). Ce chiffre impressionnant doit cependant être relativisé car le degré de handicap varie énormément d'un individu à l'autre. Il y a, parmi les cas les plus courants, la simple fatigue chronique liée à un usage abusif des technologies sans fil (téléphones sans fil, smartphones, ordinateurs ou tablettes tactiles connectés en Wi-Fi). Il y a les cas plus rares où la personne EHS est gravement malade, totalement handicapée, en errance médicale.

Les EHS les plus touchés ont bien du mal à comprendre ce qui leur arrive et les professionnels de santé sont démunis face à leur pathologie souvent complexe et multiple, considérée comme idiopathique (sans causes connues, ou plutôt reconnues). De fait, après avoir subi la dégradation de leur santé et sans obtenir l'accompagnement nécessaire, les EHS peuvent perdre leur emploi et se retrouver en rupture sociale. Une fois l'origine des maux établie avec certitude, les électrohypersensibles sont parfois contraints de déménager pour tenter de trouver une "zone blanche" (presque pas de REM) ou "grise" (REM de faibles puissances).
L'électrohypersensibilité commence à être reconnue comme un handicap, pas encore comme une maladie à part entière, même si les rares spécialistes ont défini très clairement ses aspects cliniques. On parle d'ailleurs plutôt de syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM) dont il a été décrit les différentes phases. Comme les allergies auxquelles on la compare, ou la chimicosensibilité multiple, c'est une polypathologie évidemment environnementale. Soit dit en passant, nous devons déplorer que le groupe des maladies dites environnementales et émergentes soit souvent relégué au second plan, le diagnostic médical étant par convention fondamentalement individuel. C'est en réalité, notre environnement qui est pollué et notre "civilisation" qui est malade.

Cette vision quelque peu étroite arrange bien des gens, en particulier ceux des lobbies industriels et commerciaux, mais aussi naturellement, la plupart des consommateurs qui ne veulent surtout pas être limités dans leur soif d'acquérir le dernier né des gadgets numériques. Ceux qui osent invoquer une responsabilité collective sont vus comme des gêneurs qui s'opposent à la sacro-sainte liberté individuelle . La santé publique apparaît comme le parent pauvre de la médecine, réduite à produire des statistiques. Au mieux on reconnaît le problème après coup quand le mal est fait. Le principe de précaution est rarement prioritaire. La reconnaissance par l'OMS de la cancérogénicité des REM qui ont été classés dans la catégorie 2B comme «potentiellement cancérigènes» est une position prudente mais elle n'est guère courageuse. Rappelons que le plomb, une substance toxique et mutagène appartenait à ce groupe avant d'être reclassé en 2004 en 2A comme «probablement cancérigène».

Depuis Tchernobyl et récemment avec Ebola, les microbes comme les pollutions sont priés de s'arrêter aux frontières des États, et au delà de la barrière de notre peau. Cette vision hyper-individualiste du vivre ensemble détermine une ligne politique inquiétante pour l'avenir d'une humanité dont la population devrait atteindre 10 milliards en 2050. Ce n'est pas faute d'être prévenus : les EHS, comme la multitude des personnes allergiques ou intolérantes, sont des donneurs d'alerte sanitaire, à l'image du canari envoyé autrefois dans les mines pour prévenir des coups de grisou. Les électrosensibles sont malades aujourd'hui pour prévenir tous les autres des risques majeurs encourus du fait de nos usages immodérés et imprudents des technologies irradiantes.
Cette sensibilité aux champs électromagnétiques n'est d'ailleurs pas une exclusivité humaine, puisque de nombreuses espèces animales réagissent aussi. Les espèces migratrices ou les insectes utilisent largement cette capacité pour s'orienter. Les fourmis sont désorientées par les champs électriques, provoquant parfois des court-circuits comme dans l'affaire des fourmis folles de Rasberry aux États-Unis. Les éleveurs ont remarqué que le lait de leurs vaches s'altérait si elles demeuraient proche de lignes à haute tension ou d'une voie ferrée électrifiée.
En général, les animaux d'élevage voient leur santé dégradée à cause de courants électriques dits parasites qui leur sont transmis lors de contacts avec des structures métalliques (mangeoires et abreuvoirs en particulier). Ils recouvrent la santé dès qu'une mise à la terre adéquate est réalisée. Les apiculteurs savent que les ruches dépérissent sous les lignes à haute tension, sauf si on les isole dans des cages de Faraday (structure métallique reliée à la terre).
En matière de hautes fréquences, il faut citer les travaux débutés à l'aube du développement de la téléphonie mobile dans les années 1990 de feue Madeleine Bastide immunologiste à la faculté de Montpellier I. Lorsque des embryons de poulets, réputés électrosensibles, sont exposés à un téléphone portable, il y a surmortalité. Dans un exemple, 12% pour le lot témoin non exposé et 65% pour le lot exposé. Contestée par Bouygue Télécom, son étude est répliquée à la demande de l'opérateur. Les résultats obtenus sous la direction de Florence Batellier de l'INRA confirment les conclusions précédentes. Il faudra 6 ans pour que, dans la plus grande discrétion, les résultats soient publiés !

Le rouge-gorge a aussi été utilisé pour des tests de vulnérabilité à la pollution électromagnétique par une équipe de chercheurs allemands et anglais de l’université d'Oldenburg (Allemagne) qui a publié ses conclusions dans la revue Nature (mai 2014) : l'exposition à des champs 1000 fois plus faibles que ceux des téléphones portables inhibe leurs facultés d'orientation.
Le Dr Jean-Claude Albaret (2008) s'est intéressé aux relations entre cancers et réseau de distribution d'électricité. Il a remarqué la présence presque systématique à proximité du domicile de personnes atteintes de configurations des fils aériens qu'il a qualifié d'atypiques. Afin de repérer plus rapidement ces anomalies, il s'est appuyé sur l'expertise, ou la désorientation du xylocope, un imposant hyménoptère qui est couramment dénommé "abeille charpentière", mais aussi sur la gourmandise des oiseaux insectivores comme l'hirondelle.

Le Dr. Ulrich Warnke, professeur à l'Université de la Sarre en Allemagne, a déclaré lors d’une conférence organisée par la "Radiation Research Trust at the Royal Society" de Londres : "le maillage dense sans précédent par les champs électromagnétiques artificiels " produit une écrasante "désinformation des systèmes naturels des espèces qui perdent leurs repères". Le dispositif biologique de sensibilité électromagnétique qui sert initialement aux espèces animales pour s'orienter devient source de désorientation. Plus généralement, le Dr Warnke considère les REMA comme mutagènes et estime que l’électrosmog (ou pollution électromagnétique) pourrait être responsable, au moins en partie avec les pesticides, de la disparition massive des abeilles en Europe et aux États-Unis. Le triste et célèbre syndrome d’effondrement des colonies est un phénomène très inquiétant si on repense à la phrase célèbre attribuée à Einstein. Sans insectes pollinisateurs, nous n'aurons plus à manger à court terme.
Une fois de plus, s'il en était besoin, nous constatons que nous avons intérêt, même très égoïstement, à préserver les espèces et les individus les plus sensibles, donc les plus fragilisés par les diverses pollutions car ils jouent le rôle de sentinelles environnementales. Seuls les États totalitaires suppriment les faibles et les handicapés. Mais rares sont de tels États qui durent, fort heureusement. Pour nous, citoyens, consommateurs, habitants de cette belle terre, c'est dans l'indignation à l'égard de tout ce qui heurte la dignité intrinsèque de tous les êtres vivants, forts ou faibles, que réside certainement notre seule chance d'avenir.

L'Organisation Mondiale de la Santé a classé les ondes électromagnétiques en cancérigène possible, ce qui est une position de compromis "prudente" mais qui ne tient pas compte de la réalité des nombreuses études scientifiques qui démontrent que les effets cancérigènes sont certains.
Signer la pétition internationale adressée à l'OMS! Pour plus d'informations et de contrôle sur les émissions de champs électromagnétiques.
Il y a deux pétitions, une en Français, l'autre en anglais.
Références scientifiques et médicales :
Rapports BioInitiative 2007 et 2012
Dr Jean Pilette : Antennes de téléphonies mobiles, technologies sans fil et santé, 2008
Freiburger Appeal de médecins et chercheurs allemands, 2002

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