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Publié par Arsène

Dimanche. Nous nous promenons en famille dans un endroit sans ondes au pied du Vercors. Nous croisons des parents et un groupe de jeunes enfants équipés de téléphones portables. Une maman m'explique qu'ils font un jeu de piste et que les enfants se servent de la fonction GPS des portables. L'un des enfants a un GPS simple qui est peu émissif. Un autre, environ 6 ans, a le smartphone attaché au bras sous une pochette plastifiée. Cela permet au portable d'être protégé des intempéries. C'est pour les randonneurs qui trouvent pratique de se servir de leur téléphone comme GPS, plutôt que d'utiliser une carte IGN.

Mais avec toutes les options qui sont activées, la batterie ne doit pas tenir plus que le temps d'une petite ballade. Les refuges en montagne ne sont pas électrifiés. Dès le deuxième jour de randonnée, j'imagine que les amateurs d'objets connectés doivent être obligés de sortir la carte ou de demander leur chemin à d'autres, s'ils n'ont pas de carte.

Surtout, ce qui est beaucoup plus ennuyeux est que le randonneur, sportif, appréciant à raison le bon air et les espaces sublimes de nos montagnes sacrément belles, est irradié et qu'il irradie les autres. Les options n'étant pas désactivées et le mode avion n'étant pas possible si on veut que le GPS intégré au smartphone puisse fonctionner.

Ainsi l'enfant doté de sa prothèse irradiante reçoit sur le bras 160.000µW/m² en permanence. Il sera probablement passablement courbatu le lendemain, et pas parce qu'il aura trop marché. Il se peut aussi qu'il découvre sur son avant-bras des rougeurs et ressentent des démangeaisons, voir même des brûlures réelles.

Nous sommes dans une zone ouverte où le réseau de téléphonie est excellent. Je me demande ce qui serait arrivé à ce petit garçon si il avait dû transporter le smartphone que son papy bienveillant lui avait prêté lors d'une vraie randonnée, là où le réseau n'est plus accessible. L'irradiation se serait comptée en centaines de millions de µW/m². Heureusement, la batterie se serait vidée en quelques heures et l'enfant aurait pu continuer sa randonnée en sécurité, et en profiter vraiment.

Comme je suis équipé de mon analyseur de champs, je peux leur faire la démonstration des rayonnements massifs que subissent les enfants équipés de smartphones. Seul, le petit garçon qui tient un vrai GPS dans la main ne reçoit que peu d'ondes. Oui, mais il faudrait qu'il se tienne en permanence à dix mètres de ses copains!

Nous discutons un bon moment. Les femmes, surtout les mères, sont beaucoup plus réceptives que les hommes au principe de précaution. Elles résistent également mieux que les hommes aux sirènes des objets connectés.

D'ailleurs, un papa qui descend à contresens avec son enfant sourit en voyant ma grimace. L'appareil montre des valeurs déjà insupportables pour un électrohypersensible à dix mètres. En passant, comprenant ce que je fais avec mon appareil de mesure, il me dit qu'en plus il en a deux (des téléphones bien sûr), fier de lui. Interpellé par les adultes du groupe avec qui nous faisons la causette sur la dangerosité de ses deux téléphones toutes options activées, je l'entends dire, bravache, qu'il faut bien mourir de quelque chose. Nos idées reçues ont la tête dure, mais un jour peut-être, des cervelles incrédules seront le siège d'un cancer et nul ne saura pourquoi.

Pour revenir à mes interlocuteurs attentifs et responsables, il se trouve que deux des personnes adultes sont équipées de montres connectées Bluetooth (pour avoir les dents bleues), qu'elles désactivent immédiatement après que je les ai effrayées. Le seul homme du groupe est le grand-père. Il était en train d'irradier son petit-fils sans le savoir, tout en pensant lui faire plaisir en lui confiant la responsabilité de porter au bras un énorme téléphone, presque une tablette. C'était super comme panoplie d'espion. En homme sensible, il désactive tout de suite les options inutiles et dangereuses, en se faisant gentiment, mais fermement, gronder par sa femme et sa fille. Les niveaux émis sont enfin supportables.

Quant à moi, j'ai reçu en dix minutes ce que je supporte en une semaine et je m'en retourne chez moi avec un terrible mal de tête. Alors que nous retournons à la voiture, il n'est encore que 15H15. Mais pour moi, la journée est terminée. Je suis forcé de rester couché jusqu'au lendemain.

Les espaces naturels sont généralement des zones où tout un chacun peut se ressourcer, à condition d'éviter les autres randonneurs et de marcher loin des chemins! Mais je suis récompensé, malgré une céphalée têtue, par la satisfaction d'avoir pu m'adresser à des personnes sensées.

Faites le test d'aller vous balader sans aucun téléphone. Au pire, vous en gardez un éteint sur vous ou dans la voiture, si cela vous rassure. Je n'ai aucun doute qu'en l'essayant, vous adopterez l'option "ballade de santé", connecté à la montagnes, à la faune, à la flore, et à ceux avec qui vous partagez ce bon moment. Et même, qui sait, nous nous croiserons peut-être un jour sur un de ces chemins merveilleux, et nous parlerons, en toute amitié.

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