Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Vincent

Aujourdhui encore je suis en crise aiguë d'intolérance aux rayonnements électromagnétiques (REM) et je me décide enfin à demander à mon médecin traitant de me prescrire un antihistaminique. Depuis dix ans que je suis EHS, j'ai toujours préféré éviter les pollutions électromagnétiques artificielles et préserver la sensibilité d'un être humain normal. L'antihistaminique ne guérit pas et il me semblait absurde d'éteindre l'alarme anti-incendie alors que le feu brûle toujours.

Bon revenons à nos moutons, ou plutôt à nos « bordilles » comme mon ami le bon berger appelle celles qui ont tendance à choisir les extérieurs, ouvrent de nouveaux pâturages et évitent aux autres de manger leur crottin. J'ai obtenu un rendez-vous en fin de journée avec mon bon docteur qui me soutient et m'a permis d'obtenir le droit d'être reconnu travailleur handicapé. Il me suit depuis une quinzaine d'années. C'est un médecin tout ce qu'il y a de plus classique, efficace et sympathique.

J'ai enfilé ma tenue de camouflage, chaussettes, caleçons longs, T-shirt manches longues, bonnet et foulard, tous anti-ondes. Il ne manque que les gants et je subis malgré tout des décharges électriques dans les mains et les poignets lorsque je dois me déplacer en milieu hostile… c'est à dire à peu près partout. J'ai compris depuis qu'il valait mieux éviter ces protections dont l'efficacité est toute relative puisque les ondes qui entrent à l'intérieur y rebondissent. Je déconseille en particulier très fortement le bonnet anti-ondes qui fait antenne parabolique.

Dans la salle d'attente, il n'y a qu'une jeune fille qui digitalise naturellement son portable. Je m'assois le plus loin possible et dégaine mon appareil de mesure. J'ai des maxima autour de 1500µW/m². Je constate que son appareil émet significativement mais pas excessivement en comparaison du bruit. Selon ce que je sais, tous les appareils dans ce cabinet sont connectés en filaire, si ce n'est les lecteurs de carte vitale qui émettent comme un portable mais sur des durées très courtes.

Si le cabinet de mon bon docteur est sain lorsqu'il n'y a pas d'autres patients en salle d'attente, le kiné à l'étage en dessous est équipé en téléphones DECT (fixes sans fil) et autres Wi-Fi ou machines à émission de champs magnétiques. J'explique gentiment à la jeune fille que je suis EHS. Après avoir très humainement éteint son jouet, elle me dit qu'elle-même n'est pas sensible mais qu'elle fait attention aux autres. Elle a même équipé son appareil d'un patch, pas pour elle mais pour les autres!

Mais mon bon docteur est connu pour prendre le temps avec chacun de ses patients et il ne me recevra qu'une demi-heure après l'heure du rendez-vous. Notre discussion avec la sympathique adolescente se poursuit alors qu'une mère et sa fille arrivent. La fille sort son outil à s'impatienter. Ouf, elle envoie des SMS, rien à craindre, et je suis collé au mur du fond à plus de cinq mètres de distance. Mon appareil espion m'informe juste de petits pics au moment des réceptions et des envois. C'est fou ce qu'ils pianotent vites ces jeunes!

La maman espionne elle aussi notre discussion avec la jeune fille gentille et me regarde avec compassion. Je dois faire un peu pitié avec ma tenue intégrale et mon air de mal au crâne. Pendant ce temps, d'autres patients et leurs accompagnants arrivent (il y a trois médecins dans ce cabinet), deux, puis trois, puis cinq, puis sept. Nous serons finalement dix dont deux adolescentes et trois petites filles. Que de femmes!

Devant une seule adolescente charmante, j'ai osé parler de mon problème mais face à la passion populaire pour ces objets connectés j'ai appris à me taire. On lapide encore de nos jours!

Le dernier à faire son entrée est un père de famille et ses deux petites filles. Il ne reste de places libres que dans mon petit coin. Il n'y a pas de bruit. On entendrait le glissement des doigts sur les écrans tactiles. L'homme qui s'est installé près de moi dégaine, je vois qu'il se connecte sur le Net. Je relance ma machine et là les chiffres deviennent vertigineux. Il est à deux chaises de moi mais je reçois 10.000µW/m² ! Le "bruit" de fond des autres est totalement surpassé.

Je suis forcé de me lever et d'aller chercher un autre endroit pour attendre, là où vont les im-patients de mon espèce. Dans un couloir où une doctoresse raccompagne son malade, puis finalement, pour éviter de me faire écraser les arpions, dans l'escalier où je trouve un "havre de paix" à 200µW/m² toutes fréquences confondues, ce qui est moins pire.

Mon médecin traitant me reçoit finalement et je lui demande pourquoi dans un cabinet médical les patients ne sont pas invités à éteindre leurs appareils et à choisir plutôt une de ces intéressantes revues sexy et parfois vieilles de plusieurs années que les médecins reçoivent gratuitement mais ne lisent jamais (bon je reconnais que je ne lui ai pas dit tout ça). C'est vrai que ces pianoteurs et surfeurs dont la vivacité digitale est sans égale, sinon les vives douleurs qui animent ma fin de journée, ne dérangent personnes, pas en terme de bruit audible.

Bilan : une seule heure pour tenter de me soigner a fait augmenter ma moyenne par 24 heures d'exposition aux ondes de 200 %!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :