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Publié par Maya Bignon

L'attribution et le contrôle des émissions d'ondes électromagnétiques qui permettent aux appareils sans fil de fonctionner est sous l'entière responsabilité de l’État (c'est valable en France comme partout ailleurs). Mais en la matière, au vu des enjeux commerciaux colossaux dont les chiffres d'affaire sont comparables aux budgets des États, le citoyen consommateur est en réalité soumis à une collusion industrialo-politique. Les normes visant à limiter l'exposition du public aux rayonnements électromagnétiques ont été fixées dans les années 1970 et n'ont que rarement été revues à la baisse dans le monde et jamais en France, alors que nos connaissances de leurs effets biologiques ont énormément progressé et que le niveau des champs auxquels nous sommes exposés a augmenté de façon exponentielle (multiplication par 300 ces dix dernières années dans l'espace public selon une estimation ; bien plus dans la sphère privée ou en milieu professionnel).
 

La saturation du spectre hertzien, le stress et les souffrances qui en découlent, sont un bon exemple, parmi bien d'autres, du "modèle" de "développement" à l’œuvre aujourd'hui. Nous ne voulons pas d'antenne-relais de téléphonie devant nos fenêtres mais nous voulons avoir accès partout au réseau, y-compris dans les espaces naturels les plus isolés. Nous regrettons que nos smartphones soient fabriqués par des travailleurs asiatiques sur-exploités à partir de matières premières dont l'extraction détériore l'environnement et entraîne de graves conséquences humaines. La plupart des consommateurs sont informés des fameux minerais de sang, indispensables pour ces appareils, qui financent les conflits armés en Afrique.

La toxicomanie due à la smartphonite et aux objets connectés monopolise de manière addictive l'attention des usagers et les rend malades sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Par delà les écrans de fumée il y a quand même un effet boomerang: le développement de pathologies pour les usagers. Epidémie de maladies inflammatoires, maux de têtes, mal au dos, cancers, maladies neurodégénératives, stress généralisé, malaises, hypersensibilité chimique ou électromagnétique.

Les électrohypersensibles (EHS) sont des sentinelles environnementales, mais aussi des sentinelles sociétales, au même titre que les personnes chimico-sensibles, intolérantes ou allergiques. Ce bain toxique multi-origine pose un vrai problème en matière de santé publique et de bien-être, ici comme ailleurs. Si on veut mieux préserver l'environnement et la paix chez nous et dans le monde, ne faut-il pas nécessairement poser des limites à notre soif de consommer toujours plus ?

Dans le numéro du Monde diplomatique de février 2017, deux articles peuvent nourrir cette réflexion. En page 16 «Ondes électromagnétiques, une pollution invisible» par Olivier Cachard, juriste, et, en page 3 «Ce dont nous avons (vraiment) besoin» par Razmig Keucheyan, sociologue. Le premier résume très bien les problèmes notamment juridiques et de santé posés par la saturation du spectre hertzien (les ondes) et le second pose la nécessité de définir collectivement, citoyennement, nos vrais besoins, nos «besoins qualitatifs» tels que définis par André Gortz il y a plus d'un demi-siècle déjà. Comment sinon passer d'un modèle où il y a peu de gagnants et beaucoup de perdants, à un modèle gagnants-gagnants? D'une économie de la compétition acharnée, où les plus faibles et les plus sensibles sont sacrifiés, à une économie collaborative. Razmig Keucheyan, quant à lui, propose un article très stimulant même s'il imagine que soit un jour commercialisé un "smartphone équitable" et que le smartphone pourrait devenir un besoin qualitatif.


En France, nous sommes quelques dizaines de milliers de grains de sable dans la mécanique bien huilée de la désinformation dans le domaine des technologies du sans-fil. A l'échelle mondiale, il est probable qu'environ un million de personnes soient hypersensibles. Faut-il, pour que les choses changent dans les prochaines années, que les décideurs soient eux-mêmes directement frappés par les pollutions électromagnétiques ?


Une ancienne directrice générale de l'OMS électrohypersensible, des grands patrons de la Silicon Valley qui refusent les objets connectés à la maison et pour leurs enfants. C'est déjà un début...

Mais les "experts" tardent à reconnaître la capacité des rayonnements électromagnétiques artificiels de nos appareils sans fil à provoquer des troubles de santé. Pourtant nous avons désormais à notre disposition des milliers de preuves à charge : emf-portal.org.


Et bien, voilà ma conclusion : on se passe très bien des smartphones, des objets connectés et du sans fil mais il est difficile d'être socialement exclu. Il est inacceptable que des personnes, de plus en plus nombreuses, souffrent à cause des habitudes toxiques des consommateurs imprudents. Pour les EHS ou les chimico-sensibles, comme pour toutes les personnes allergiques ou intolérantes à divers polluants, il semble absurde de devoir se défendre personnellement, individuellement, devant un tribunal, légal ou sociétal, pour démontrer que nous sommes malades alors que c'est notre monde qui l'est.

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