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Publié par F. de Terreneuve

Et combien de personnes souffrent d'intolérance aux champs électromagnétiques ?


C'est une double question importante si on veut éviter de favoriser les fantasmes et prévenir les risques. Comme me le disait un neurologue : « Si les ondes étaient dangereuses, on le saurait par les statistiques! » Oui, mais lesquelles? Si on n'entre pas de données dans l'ordinateur, rien n'en sortira ...

La première réponse, la seule honnête, est qu'on n'en sait rien! Nous nous contenterons ici de défricher le terrain.


Ceux qui se déclarent hypersensibles aux champs électromagnétiques sont souvent passés pour des extra-terrestres aux yeux de leurs proches, de leurs relations de travail, des médecins, etc. Le regard porté sur les EHS devrait pouvoir évoluer alors que le nombre de personnes concernées augmente et que commence à être admise la possibilité que les ondes artificielles ne sont pas forcément sans effets biologiques.


Il y a plus de dix ans déjà, selon diverses sources compilées par les docteurs G. Oberfeld et O. Halber en 2004 en Angleterre, en Irlande, en Autriche, en Allemagne, en Suisse, en Suède et aux États-Unis, le taux de personnes électrohypersensibles (EHS) atteignait en moyenne 10%. Selon une extrapolation de ces statistiques, nous devrions être aujourd'hui entre 25% et 50 % à être intolérants aux champs électromagnétiques, ce qui ne semble pas correspondre à la réalité. On peut néanmoins tenir compte du fait que la plupart des intolérants ignorent la cause de leurs souffrances.
 

D'autres statistiques internationales sur la période 2002-2012 (citées dans le pré-rapport de l'ANSES p. 55) établissent une moyenne de près de 6%. On constate qu'il y a une progression assez nette du pourcentage de cas entre l'avant 2006 (à partir de 2002) où la moyenne est à 2%, et, l'après-2006 (jusqu'en 2012) où la moyenne est à 7%. 2006 correspond au moment du déploiement massif de la norme DECT pour les téléphones fixes sans fil. Y-a-t-il un lien?

Dans tous les cas, ces statistiques ne sont qu'un indice à considérer, non une mesure réelle d'une véritable pandémie. Les protocoles de recueil des données diffèrent selon les études. Ainsi, on emploie indifféremment les mots "électrosensibilité" ou "électrohypersensiblité" qui correspondent à des réalités différentes. On ne parlait pas non plus il y a quelques années du syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM), qu'il faut distinguer de l'électrohypersensibilité ou hypersensibilité électromagnétique (EHS).


Le SICEM peut toucher, en fonction de leur susceptibilité, toutes les personnes soumises à des intensités de champs trop élevées (ces valeurs de champs trop élevées sont néanmoins très inférieures aux limites préconisées et appliquées via les normes industrielles). L'EHS est une hypersensibilité qui concerne une minorité de personnes beaucoup plus sensibles que la moyenne.


Quant à l'électrosensibilité sans le "hyper", elle est une réalité biologique inhérente à tous les êtres vivants. On peut dire que 100 % des personnes, et des êtres vivants, sont électrosensibles. Toute forme vivante est le résultat de l'association synchronisée de cellules, elles-mêmes composées de diverses molécules en résonance. La synchronisation ou la résonance sont des phénomènes électromagnétiques. Le système nerveux est un réseau micro-électrique.

Surtout il y a dix ou quinze ans, l'intensité des champs électromagnétiques artificiels auxquels nous étions soumis était bien moindre.

 

Le TGV interdit aux personnes hypersensibles
TGV = exposition maximale !

 

En France, il n'y a aucune statistique représentative. Donc il n'y a pas de problème?


Personnellement, j'ai tendance à penser qu'on est actuellement aux alentours de 1 % pour ce qui est des EHS, et très probablement au-delà de 10 % pour ceux qui ont un jour souffert d'un SICEM, généralement sans l'avoir su, et qui sont susceptibles de voir le syndrome réapparaître chaque fois qu'ils sont surexposés. En l'absence de politiques de sensibilisation et de prévention des risques, ces pourcentages devraient augmenter proportionnellement au déploiement des réseaux sans fil.


Dans le cas des personnes hypersensibles, si l'intolérance n'est pas détectée à temps et que des mesures radicales d'évitement ne sont pas prises il y a le risque de développer le stade durable de la pathologie, où toute vie sociale normale devient impossible.
 


Les EHS le savent, de nombreuses personnes continuent de ne pas prendre leur pathologie et leur handicap au sérieux, surtout les personnels soignants et les acteurs des MDPH, ce qui est quand même très préoccupant. Quand j'ai contacté le service des pathologies professionnelles et environnementales de ma région (à Lyon) mon interlocutrice n'était même pas au courant que le service devait prendre en charge les EHS! Les personnes les plus atteintes ne peuvent généralement plus se déplacer loin de leurs zones de refuge et leur cas doit être pris en compte à l'échelle la plus locale possible.


Il faudrait donc pour commencer que les médecins généralistes pensent à interroger tout patient qui présenterait la symptomatologie caractéristique sur d'éventuelles corrélations avec une exposition particulière aux champs électromagnétiques des appareils et installations de communication mobiles. Alors seulement il serait possible de recueillir des données statistiques fiables.


L'Organisation Mondiale de la Santé a classé les ondes électromagnétiques en cancérigène possible, ce qui est une position de compromis "prudente" mais qui ne tient pas compte de la réalité des nombreuses études scientifiques qui démontrent que les effets cancérigènes sont certains. Mais l'augmentation du risque de cancer n'est qu'un des multiples effets des ondes artificielles. Il faudrait que les ondes tuent plus de personnes pour que le problème soit reconnu? Les souffrances actuelles des EHS, physiques et morales, ne comptent visiblement pas.


Malheureusement du fait de leur handicap les EHS sont empêchés d'accéder aux espaces publics et aux "réseaux sociaux" virtuels qui leur permettraient de témoigner et de défendre leurs droits. Reste le recours aux démarches juridiques individuelles qui prennent beaucoup de temps. Elles sont parfois couronnées de succès mais ne font pas jurisprudence et ne sont pas prises en compte par les hauts responsables politiques.


Non, les hypersensibles ne sont pas des extra-terrestres! Ils ont simplement plus de mal que la majorité hyper-connectée à muter en humains 2.0 dotés d'antennes artificielles...

 

Bibliographie thématique d'études à télécharger: "Danger des portables...".
Rapports BioInitiative 2007 et 2012
Dr Jean Pilette : Antennes de téléphonies mobiles, technologies sans fil et santé, 2008

Faire l'autruche
La réalité augmentée pour les autruches
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