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Publié par Maya B. électroprévention

Tant qu'on n'a pas soi-même souffert à cause des ondes il est légitime d'attribuer le syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques à des facteurs émotionnels et psychosomatiques. Il est difficile d'admettre qu'une pathologie puisse être causée par un agent non palpable, non visible même avec un microscope. Remettre en question de façon rationnelle les idées toutes faites est quasi impossible. Il faudrait que les incrédules puissent faire appel à leur raison de manière auto-critique. Or les idées préconçues ne résultent pas de l'usage de la raison. Elles sont par essence irrationnelles. La meilleure preuve, on l’obtient quand on tombe soi-même malade et que peu à peu on établit des corrélations qui progressivement nous permettent d'écarter les doutes.

Article complet (4 pages, 2000 mots)

Le mécanisme de causalité entre les ondes et les symptômes ressentis par les personnes qui s'estiment électrohypersensibles n'a pas été clairement établi, en tout cas il ne fait pas consensus au sein de la communauté scientifique. Ainsi, le professeur Montagnier, prix Nobel de médecine, appartient à une minorité de chercheurs qui appellent à un changement de paradigme. En effet, des pathologies pourraient bien être causées, non seulement par contact direct avec des agents infectieux, mais également à distance, par résonance ou par induction dans le cas de la pathogénicité des champs électromagnétiques.

Des personnes électrohypersensibles soumises en double aveugle à des champs électromagnétiques peuvent dire ressentir des symptômes en l'absence de champs et inversement dire ne rien ressentir en présence de champs. Ce type d'étude apparaît comme la meilleure preuve de l'innocuité des ondes aux yeux de certains sceptiques. Pourtant cette expérience tout à fait intéressante ne permet pas de tirer de conclusions, d'abord parce que l'absence de sensations ne signifie évidemment pas l'absence d'effets biologiques, ensuite parce que les personnes électrohypersensibles témoignent souvent du décalage entre le temps de l'exposition et la survenue des symptômes, ce qui tendrait d'ailleurs à écarter les causes auto-suggestives.
 


Il semble qu'il y ait un phénomène d'accumulation du stress électromagnétique par l'organisme qui réagit quand le seuil de tolérance a été dépassé. C'est
parfois la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Tout un chacun a pu expérimenter le fait d'être fatigué en vacances, voire même de tomber malade alors que les causes de stress sont momentanément absentes. Devrait-on en conclure que le fait de se reposer fatigue? Ou faut-il plutôt invoquer l'histoire qui précède l'apparition des effets?
Sinon, comment expliquer que les personnes qui disent souffrir à cause des ondes ont vu les symptômes apparaître bien avant d'en découvrir la cause, avant même de savoir qu'il était possible de souffrir d'intolérance aux champs électromagnétiques?

Dans le processus de reconnaissance de cette pathologie invalidante et émergente, le plus difficile est de combattre la mauvaise foi ambiante du côté des sceptiques comme des convaincus. La malhonnêteté intellectuelle n'est pas l'apanage exclusif des incrédules. Elle est aussi à l’œuvre dans les associations et parmi les électrohypersensibles (EHS) auto-diagnostiqués. Les personnes en souffrance et celles qui les soutiennent sont représentées par quelques porte-paroles, pour la plupart non EHS ce qui peut se comprendre.

 


Ce groupe d'activistes, fondé au départ sur un soutien mutuel bien légitime, débouche aussi sur un "entre-soi" où s'impose une forme de "consanguinité d'esprit" qui pratique l'inclusion exclusive. Malheureusement, le déficit d'esprits critiques dans ces assemblées emmenées par un petit groupe de personnes conduit aussi parfois à délégitimer le combat des EHS et fournit des munitions à ceux qui se refusent à admettre l'hypersensibilité électromagnétique comme une pathologie réelle, non comme une phobie. Les associations font parfois feu de tout bois, en mettant par exemple sur le même plan les risques hypothétiques du déploiement du compteur Linky, et les risques avérés dus à notre surexposition aux champs électromagnétiques artificiels des installations électriques, des antennes-relais ou des téléphones.

Par exemple, Priartem, dont la qualité de l'engagement est remarquable par ailleurs, a consacré ces dernières années beaucoup d'espace, d'énergie et de temps pour organiser la fronde anti-Linky au détriment d'autres risques connus et prioritaires. L'ARTAC, sur son site ehc-mcs, parle des pastilles à coller sur les smartphones comme solution possible, en même temps qu'elle offre des espace publicitaire à des commerçants de solutions anti-ondes.

Il faut naturellement reconnaître à ces deux associations, comme à d'autres, un rôle important pour faire avancer les choses face à la toute puissance des intérêts financiers des lobbies pro-ondes qui représentent un des secteurs économiques les plus dynamiques et rentables à l'heure actuelle. Les hypersensibles aux champs électromagnétiques sont condamnés au silence du fait même de leur pathologie qui leur interdit l'accès aux lieux de débat. Malgré leurs limites, les associations qui les défendent sont les seules à pouvoir porter leur voix en s'imposant comme des interlocuteurs incontournables auprès des pouvoirs publics.

 


Quant aux scientistes, c'est-à-dire ceux qui considèrent moins la science que la technologie comme la solution à tous les problèmes, voir comme une religion, ils décrédibilisent la science : ils l'instrumentalisent au profit de la préservation de leur position dominante dans la meute des ignorants en insultant la dignité de tous ceux qui souffrent aujourd'hui à cause des ondes (c'est un fait avéré, nous soulignons). Les EHS sont aujourd'hui beaucoup plus nombreux que la poignée de pseudo-experts mandatés par l'industrie. Qui mieux que les EHS savent, à l'issu d'un long parcours d'errance socio-médicale, les causes de leurs souffrances?

La palme du parti pris va à l'UFC Que choisir : "Faut-il pour autant investir pour se protéger si vous êtes un particulier et que vous pensez souffrir d’électrosensibilité? La réponse est non, pour plusieurs raisons. La principale est qu’aucune étude à ce jour n’a réussi à établir un lien entre une gamme de fréquence et les symptômes de l’électrosensibilité (mal de tête, nausée, etc.). Se protéger, mais de quoi?" (Electrosensibilité un marché florissant publié le : 31/08/2014). L'UFC Que choisir ne dénonce pas le business des ondes qui rapporte pourtant beaucoup plus que celui des solutions de protection. Cette association défend moins les consommateurs que la consommation.
 


De même on reproche à certains acteurs engagés pour faire reconnaître la dangerosité de la surexposition à certaines ondes de gagner leur vie en conseillant des personnes ou en leur vendant des solutions anti-ondes. On oublie au passage que du côté des lobbies pro-ondes de nombreux experts sont des salariés de l'industrie de la téléphonie mobile.

Les convaincus doivent être convaincus par leur propre expérience, éventuellement via celle d'hypersensibles qu'ils ont rencontrés, non à cause de leurs inquiétudes ou présupposés. Les incrédules, quant à eux, n'ont généralement pas de problème, sauf ceux qui ont un intérêt commercial dans le méga-marché de la téléphonie et des objets connectés. Pourtant, leurs attaques contre les EHS sont souvent démesurément agressives et méprisantes. Est-ce que l'utilisation de ces techniques les plus déloyales et les plus avilissantes où, à cours d'arguments on se contente de salir la partie adverse, montre que certains experts savent que leur règne est compté? Les sceptiques avalent les arguments prédigérés des pseudo-experts et se prétendent rationnels, voir scientifiques, alors qu'ils se contentent de répéter en bons perroquets la voix de leurs maîtres qu'ils copient-collent sur Internet.

La mauvaise foi c'est "tout sauf reconnaître nos torts" et "tout sauf se fatiguer à réfléchir par soi-même". Les convaincus comme les incrédules, professionnels, bénévoles ou malades, devraient s'interroger honnêtement sur les fondements de leur point de vue et de leurs engagements.

Pour l'heure, les électrohypersensibles, ou ceux qui souffrent d'intolérance aux champs électromagnétiques, sont victimes d'une double peine, atteints dans leur santé, socialement discriminés et ne bénéficiant que de rares soutiens.

La seule solution pour sortir de cette impasse de la parole des uns contre celle des autres serait que plus d'études épidémiologiques soient réalisées à partir de statistiques à grande échelle. La plupart des études cherchent à expliquer les mécanismes complexes qui relient champs électromagnétiques et effets biologiques comme si le problème de l'intolérance aux ondes dépendait de ces explications pour être légitimé. Ne pourrait-on pas inverser cette tendance en admettant une fois pour toute que, quelques soient les mécanismes physiologiques, la priorité est de reconnaître que beaucoup de personnes sont en souffrance et qu'il faut leur réserver des espaces adaptés?

Santiam Pass Refuge, Kevin Cooley 2010

Les recherches physiologiques explicatives ont tendance à retenir un principe de "mono-causalité" comme si l'origine d'une pathologie ne pouvait pas être multifactorielle. Il y a aussi le biais d'interprétation qui consiste à inverser les effets et les causes. Par exemple, une personne EHS et migraineuse serait en réalité seulement migraineuse et les ondes n'y seraient pour rien. Personne ne se demande pourquoi on assiste aujourd'hui à une épidémie de céphalées et personne ne sait expliquer l'origine de la plupart des migraines.

De même, lorsque des personnes se considérant comme EHS témoignent être stressées, ce qui peut être confirmé par des analyses biologiques, de nombreux chercheurs en concluent que les symptômes sont dus au stress. Oui mais quelle est la cause du stress? Ce dernier pourrait bien être provoqué par une sur-exposition aux champs électromagnétiques. Inversement, le fait de mesurer objectivement les marqueurs de stress n'implique pas forcément une électrohypersensibilité. On voit bien ici que dans n'importe quelle étude, les conclusions dépendent parfois moins des résultats recueillis que de leur interprétation trop souvent prédéterminée, ce qui est caractéristique de la mauvaise foi.

Plutôt que de conduire presque exclusivement des recherches physiologiques sur les mécanismes explicatifs, ne faudrait-il pas commencer par établir des corrélations statistiques entre le degré d'exposition des personnes et leur état de santé en général, sans considérer nécessairement le diagnostic d'électrohypersensibilité?

Une approche scientifique véritable nécessite de poser des questions en toute bonne foi sans se contenter de réponses toutes faites. On ne peut pas effectuer une recherche honnête si on pense avoir déjà trouvé une explication indiscutable. La mauvaise foi ou la malhonnêteté intellectuelle sont aux fondements de nos représentations et de nos manière de "penser". Mais c'est l'obstacle majeur de toute démarche objective.

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