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Publié par électroprévention


L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a publié en mars 2018 son rapport d’expertise très attendu « Hypersensibilité électromagnétique ou intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques ». Ce rapport arrive avec plus de deux années de retard selon ce qui avait été prescrit par la loi dite Abeille "relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques" adoptée le 29 janvier 2015.


Les missions de l’ANSES consistent en « l'évaluation des risques dans le domaine de l'alimentation, de l'environnement et du travail, en vue d'éclairer les pouvoirs publics dans leur politique sanitaire.» À partir des conclusions de ce document, le Gouvernement devrait remettre d'ici fin 2018 un rapport au Parlement qui précisera les mesures concernant la prise en charge des personnes indiquant être hypersensibles aux ondes électromagnétiques.
 

Conclusions de l’ANSES :

« L’expertise de l’Agence met en évidence la grande complexité de la question de l’électrohypersensibilité. Tout d’abord, il n’existe pas, à ce jour, de critères de diagnostic de l’EHS validés, et il résulte de l’expertise que la seule possibilité pour définir l’EHS repose sur l’auto-déclaration des personnes. L’Agence conclut également que les douleurs et la souffrance (maux de tête, troubles du sommeil, de l’attention et de la mémoire, isolement social, etc.) exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue, les conduisant à adapter leur quotidien pour y faire face. Les 40 experts, mobilisés pendant près de quatre ans, ont investigué un grand nombre d’hypothèses pour comprendre ces symptômes. Toutefois, les connaissances scientifiques actuelles ne mettent pas en évidence de lien de cause à effet entre les symptômes dont souffrent les personnes se déclarant EHS et leur exposition aux ondes électromagnétiques. Néanmoins, les symptômes, qui peuvent avoir un retentissement important sur la qualité de vie de ces personnes, nécessitent et justifient une prise en charge adaptée par les acteurs des domaines sanitaire et social. »
 


Nous retiendrons que l’hypersensibilité électromagnétique (EHS) est reconnue comme une forme d’hypersensibilité environnementale. Cependant elle est qualifiée d’idiopathique, c’est-à-dire sans causes connues. En réalité les causes sont connues mais le mécanisme de causalité n’a pas été suffisamment bien décrit et l’attribution des effets aux rayonnements électromagnétiques ne fait pas consensus. Les effets thermiques des ondes (l’aspect four à micro-ondes) sont reconnus depuis longtemps mais pas les effets dits athermiques, et ce malgré plusieurs centaines d'études à charge. Il suffit de voir le nombre de références sur le site emf-portal.org pour constater que le sujet a été bien étudié, et de plus en plus. Dommage que les études scientifiques soient faites bien après que les produits soient mis sur le marché ...


Les experts de l’ANSES veulent bien admettre que les bactéries, les oiseaux migrateurs, les insectes et les rats soient sensibles à ces effets athermiques mais pour que cette sensibilité soit admise pour les êtres humains il est préconisé de recueillir plus de preuves en multipliant des études, notamment des études de provocation. Il s'agit de soumettre des personnes sensibles ou non à des rayonnements électromagnétiques en double aveugle et de manière aléatoire. Le but est de déterminer statistiquement si les personnes qui se considèrent comme sensibles sont capables de mieux percevoir les champs électromagnétiques que les autres. Or, on voit mal un EHS en souffrance se jeter dans un laboratoire pour être bombardé de hautes fréquences. Plusieurs études démontrent déjà que les EHS comme les autres ne sentent pas les ondes électromagnétiques au moment où elles sont émises mais après coup et après que le seuil de tolérance ait été dépassé.


Quoi qu'il en soit, il n'y a aucun rapport entre le fait de percevoir consciemment les ondes et le fait que ces ondes puissent générer des effets biologiques. Ce n'est pas parce que l'on ne perçoit pas les virus qu'ils ne nous rendent pas malades!


Les rats sont plus prudents que les êtres humains (Voir projet de recherche financé par l’ANSES, EVIREF Bach 2017 décrit pp 119, 120/359 du rapport). Entre un espace de repos sans ondes et un espace avec des ondes ils choisissent celui sans ondes...


« Malgré les nombreux témoignages de personnes se déclarant EHS et rapportant la fin de leurs symptômes avec la fin de l'exposition aux ondes, les éléments scientifiques disponibles à l’heure actuelle ne plaident ni en faveur ni en défaveur d’une amélioration de leur état de santé, suite à un abaissement des niveaux d’exposition ». (p. 281/359)


En fait la maison brûle mais les victimes doivent attendre que les experts se mettent d’accord sur la cause de l'incendie et la meilleure façon de l’éteindre… Nous, les dizaines de milliers d’EHS français en errance médicale et sociale, nous savons très bien que nous ne pouvons plus dormir en dehors d’un abri blindé, d’une cage de Faraday, ou d’une tente en pleine nature, que nous ne pouvons plus vivre normalement, plus prendre un transport en commun, plus nous faire soigner, etc.

Bref, qui mieux que nous peut savoir que nous n’existons plus?

 


Mais précédemment le rapport notait aussi : « Dans une étude où 43 participants ont dormi à leur domicile, trois nuits sous un voile protecteur (cage de Faraday), trois nuits sous un voile non protecteur et trois nuits sans voile, trois participants ont bénéficié d’une amélioration significative de la qualité subjective de leur sommeil sous le voile protecteur, mais la vérification des appareils de mesure des champs électromagnétiques installés a permis de penser que chacun de ces trois volontaires avait pu vérifier si le voile était protecteur ou factice (Leitgeb et al. 2008), influençant ainsi leur comportement. » (pp. 194, 195/359)


Il fallait qu’il y ait un biais: les cobayes pouvaient regarder les mesures. On comprend d’ailleurs mal l’intérêt de laisser des appareils de mesure qui permettent de constater si le voile était ou non factice. Il aurait fallu pour cela que les appareils soient installés à l’intérieur des cages de Faraday, ce qui semble un protocole étrange. À moins qu’il s’agisse ici, dans ce bien maigre compte-rendu d'une étude un peu suspecte, d’induire l’idée que les personnes pourraient voir leurs symptômes s’intensifier ou régresser en fonction des valeurs données par les appareils d’analyse des champs ? Soyons clairs, si les EHS sont souvent forcés de se balader avec un appareil de mesure des champs c’est pour pouvoir anticiper. Une fois que survient la crise, voire le malaise, c’est trop tard.
 


Notre conclusion :

Compte tenu que le consensus officiel chez nombre d’experts est basé sur des connaissances qui ont plusieurs décennies de retard, ce rapport apparaît bien comme une avancée en reconnaissant l'existence des personnes hypersensibles aux champs électromagnétiques. Néanmoins, malgré les nombreuses pistes de recherches nouvelles consultées, et qui sont pourtant prometteuses (voir morceaux choisis à télécharger plus haut), les conclusions sont bien décevantes (voir critique des conclusions à télécharger en fin d'article). À quelques nuances près, les recommandations viennent toujours confirmer les présupposés de l’Académie de médecine fondés sur ceux de l’ICNIRP. L'importante bibliographie de l'ANSES, très généraliste (il existe peu d'études sur les EHS), semble écarter la plupart des études à charge, c'est-à-dire, selon nos estimations, plus de la moitié des études. Même si les principaux chercheurs spécialistes de ce domaine complexe sont cités, l'ANSES oublie ceux de leurs travaux où les conclusions valident les effets biologiques et la pathogénicité des rayonnements électromagnétiques artificiels.


Encore une fois, c’est aux malades et à ceux qui les soutiennent d’apporter des preuves de la réalité des effets biologiques athermiques des rayonnements électromagnétiques artificiels, pas aux fabricants. L’industrie très rentable de la téléphonie mobile et des technologies sans fil n’est même pas invitée à contribuer au financement des recherches.
 


Espérons que les experts français lisent les bonnes études et que de nouvelles études, qui mettront des années à être réalisées et publiées, soient rapidement lancées en France. Espérons que le législateur et les autorité de santé ne tardent pas trop à appliquer le principe de précaution.


Selon l'ANSES, 5% des Français souffriraient d'hypersensibilité attribuée aux champs électromagnétiques, soit 3,5 millions de personnes (voir page 5/16 de l’introduction du rapport). Le problème est que, au-delà de cette pathologie émergente très invalidante, tout le monde baigne dès le plus jeune âge dans le même bain d'ondes sans en connaître les risques.

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